Par Dre Leroux et Dre Eghtesadi

Nous suivons l’arrivée au Canada des anticorps inhibiteurs du CGRP (Aimovig et Emgality).

Voici quelques commentaires concernant l’accès et la couverture.

À quoi ressemble le système d’assurance-médicaments au Canada?

Pour payer leurs médicaments, les Canadiens comptent sur des compagnies d’assurance privées (régimes souvent offerts par leur employeur), sur des systèmes d’assurance publics ou sur leurs propres ressources (aucune assurance).

Selon les estimations, 60 % des Canadiens sont couverts par des assurances privées, 30 % par des régimes publics et 10 % ne sont pas couverts. Les chiffres varient d’une province à l’autre.

Les régimes privés varient grandement, même pour différentes personnes au sein d’une même entreprise.

Les régimes privés couvrent-ils les anticorps inhibiteurs du CGRP?

À l’heure actuelle, certains régimes privés remboursent les anticorps monoclonaux inhibiteurs du CGRP, souvent de façon partielle. Bon nombre de couvertures sont de l’ordre de 80 %. Pour une dose au coût de 540 $, une personne devra donc verser 108 $ par mois. Les programmes de soutien aux patients proposés par les pharmaceutiques (Novartis, Eli Lilly) pourraient rembourser la différence pendant un certain temps. Cette partie des coûts est appelée la quote-part.

** Si vous payez un montant supérieur à 540 $ par dose pour Aimovig ou à 625 $ par dose pour Emgality, c’est en raison des frais supplémentaires, comme les frais de pharmacie. Cet aspect sera traité à part à un autre moment.

Les régimes publics provinciaux couvrent-ils les anticorps inhibiteurs du CGRP?

Pas pour le moment. Les régimes publics suivent les recommandations de l’INESSS, une institution publique qui évalue la valeur des médicaments. La tâche de Santé Canada est de s’assurer que les médicaments sont sécuritaires et efficaces. L’INESSS vérifie leur rentabilité, c’est-à-dire si leur remboursement vaut la peine du point de vue de la santé publique.

L’INESSS fait une recommandation. Ce processus très sérieux est mené par des équipes de spécialistes. Le point de vue des patients est le bienvenu. Migraine Canada et Migraine Québec ont soumis un rapport sur l’erenumab ainsi que des éléments de détail sur ce que signifie vivre avec des migraines à l’adresse [email protected]. (Merci à toutes les personnes qui ont participé à notre sondage!) Les responsables se penchent sur les résultats du médicament, sur les incapacités et les coûts associés à la maladie, et ils observent si le médicament a une réelle valeur pour les gens et pour la société.

Pour en savoir plus sur l’INESSS : https://www.inesss.qc.ca/

En définitive, la décision appartient aux gouvernements provinciaux.

Quand la décision sera-t-elle rendue publique?

L’INESSS recommande de ne pas inscrire AIMOVIG sur la liste des médicaments du Québec pour des raisons économiques. Cependant, il est important de noter que le comité scientifique de l’INESSS a reconnu la valeur thérapeutique d’AIMOVIG pour le traitement prophylactique de la migraine.

La prochaine étape repose sur des négociations entre le gouvernement et les compagnies pharmaceutiques à propos des coûts pour les régimes publics (la RAMQ au Québec). La décision devrait être rendue au début de 2021. Certains pays dotés d’un régime d’assurance-médicaments (le Royaume-Uni et l’Australie) ont déjà décidé qu’ils ne rembourseraient pas Aimovig.

Les anticorps monoclonaux inhibiteurs du CGRP semblent efficaces pour certaines personnes. Pourquoi ne seraient-ils pas couverts?

Cette question en est une d’optimisation des ressources (un rapport coût-efficacité). La migraine est une maladie stigmatisée et invisible. Ses répercussions sur la vie sont souvent sous-estimées. Ses coûts sociétaux sont aussi sous-estimés. Des recherches le démontrent. Il peut être difficile d’établir la pleine valeur du traitement. De plus, la migraine est très courante (une personne sur dix, au minimum), et le fardeau sur le système public serait plus important que dans le cas de maladies rares comme la sclérose en plaques (une personne sur mille).

Cette décision aura-t-elle d’autres conséquences?

 Oui. Voici certaines conséquences possibles :

  • Cette décision enverra un signal fort pour l’évaluation de l’ensemble de la catégorie des anticorps inhibiteurs du CGRP. D’autres anticorps inhibiteurs (Emgality, Ajovy) pourraient être évalués de manière similaire, car les résultats des études et les coûts se ressemblent.
  • La décision publique pourrait influencer des assureurs privés qui couvrent actuellement Aimovig. Ces assureurs pourraient décider de réduire leur couverture.
  • La décision pourrait toucher les patients qui reçoivent actuellement un soutien financier dans le cadre des programmes de soutien aux patients de Novartis et d’Eli Lilly. Ce soutien est offert dans l’attente de l’établissement d’une couverture à long terme. Si les régimes publics décident de ne pas offrir de couverture, les programmes de soutien aux patients pourraient décider de ne plus soutenir les personnes couvertes par ces régimes publics (bien entendu, il ne s’agit là que d’une hypothèse).

En cas de décision positive, la couverture d’Aimovig sera-t-elle étendue à toutes les personnes aux prises avec des migraines?

Non.

À l’heure actuelle, les programmes de soutien aux patients pour Aimovig et Emgality offrent une couverture aux patients ayant au moins huit (8) jours de migraine par mois et présentant au moins deux (2) échecs de traitements préventifs administrés par voie orale (amitriptyline, bêta-bloquants, topiramate, etc.) pour une période d’essai de trois (3) mois.

Dans le cas des personnes aux prises avec des migraines qui ne répondent pas aux critères mis de l’avant par l’INESSS, la RAMQ déciderait probablement de ne pas rembourser ces nouveaux médicaments. Cette position serait probablement justifiée, dans la mesure où les anticorps monoclonaux inhibiteurs du CGRP sont coûteux, et que des options traditionnelles pourraient fonctionner pour un bon nombre de personnes. Les Canadiens qui souffrent de migraines et qui disposent d’une assurance publique devraient donc payer le médicament de leur poche ou souscrire à une assurance privée complémentaire.

Que puis-je faire pour me faire entendre? Comment dire au gouvernement et aux autorités que la migraine est une maladie grave et que les traitements devraient être accessibles?

Nous avons étudié la possibilité de préparer une pétition en ligne et de l’envoyer aux ministères de la Santé des différentes provinces. Comme l’INESSS est financé par la province de Québec (dans les autres provinces, l’organisme analogue est l’ACMTS), l’idée de faire pression auprès du gouvernement provincial est certainement défendable. Après une vérification sur le web, nous avons constaté que les gouvernements n’acceptent pas les pétitions en ligne. Nous avons encore beaucoup de choses à apprendre à propos de la défense des intérêts dans le monde de la migraine et de la céphalée. Considérant que nous n’avions aucune association nationale avant 2018, on peut affirmer que nous faisons des progrès!