Article rédigé par Paula Dumas | 17 juillet 2019 | 175
Révision médicale par Sharron Murray, M.Sc., inf. aut.

Cet article a été traduit de l’anglais avec l’aimable autorisation de Migraine Again et ne peut être copié ni reproduit sans son autorisation écrite.

Comme la crème glacée, la migraine se décline en différentes « saveurs » et présente un « goût » distinct pour chacun de nous. Bien sûr, les ingrédients de base demeurent les mêmes, mais les symptômes et leur intensité varient d’une personne à l’autre ou d’une crise à l’autre et peuvent varier dans le temps.

Pour trouver le traitement le plus efficace, il est essentiel de connaître exactement votre type de migraine.

Voici un fait : 60 % des femmes et 70 % des hommes souffrant de migraine ne reçoivent pas un diagnostic adéquat. Pourtant, la précision du diagnostic est fondamentale pour établir le traitement qui convient. À titre d’exemple, certains médicaments représentent un réel danger pour les gens aux prises avec des migraines avec aura.

La société internationale des céphalées (International Headache Society, ou IHS) a établi la classification internationale des céphalées, 3e édition (ICHD-3), qui comprend sept types de migraines. Cette classification repose sur les modalités de diagnostic et de traitement établis par les médecins, et non sur la base de la fréquence et des effets ressentis par les patients1.

L’ICHD-3 présente sept types de migraines : deux types principaux (migraine sans aura et migraine avec aura), quatre sous-types de migraines avec aura, ainsi que la migraine chronique. Les critères utilisés par les médecins pour établir un diagnostic pour ces types de migraines reposent sur des preuves scientifiques.

Les deux principaux types de migraines :

1 – Migraine sans aura (anciennement appelée migraine commune)

Ce type de migraine est le plus fréquent. Les symptômes comprennent des douleurs pulsatives à la tête, douleurs modérées ou intenses qui s’intensifient avec les mouvements. Les maux de tête s’accompagnent de nausées ou de vomissements, de photophobie (sensibilité à la lumière) ou de phonophobie (sensibilité aux bruits).

Une phase prodromique (phase prémonitoire) peut survenir quelques heures ou quelques jours avant les maux de tête. Les symptômes avertisseurs peuvent se poursuivre dans la phase de la crise. Outre les nausées, les vomissements et la sensibilité aux stimulus, on dénombre d’autres symptômes avertisseurs courants tels que la confusion (dysfonctionnement cognitif), la vision trouble, les changements d’humeur, la fatigue, les fringales, les bâillements ainsi que les raideurs ou les douleurs au cou. Ces symptômes peuvent également être présents dans les migraines avec aura (voir ci-dessous).

La phase de céphalée peut être suivie par une phase postdromique (phase dite de la « gueule de bois »). Les symptômes postdromiques peuvent comprendre la fatigue, voire l’exténuation, ainsi que les troubles cognitifs.

De manière générale, les crises de migraine durent de 4 à 72 heures et surviennent entre quelques fois par année et quelques fois par semaine (voir migraine chronique, ci-dessous). Fait important, la migraine sans aura est le type de migraine le plus susceptible d’empirer avec une utilisation fréquente d’une médication symptomatique.

2 – Migraine avec aura (anciennement appelée migraine classique ou migraine compliquée)

Ce type de migraine est accompagné de troubles visuels et d’autres symptômes neurologiques qui font leur apparition environ 10 à 60 minutes avant les maux de tête et qui ne durent habituellement pas plus d’une heure. Ces symptômes peuvent entraîner temporairement une perte partielle ou complète de la vision. L’aura peut survenir sans maux de tête, mais ces derniers peuvent se manifester à tout moment.

L’aura visuelle est la forme la plus courante. Elle se présente sous la forme d’un zigzag qui s’étend à droite ou à gauche dans votre champ de vision. Elle peut entraîner temporairement une perte partielle ou complète de la vision.

Parmi les symptômes d’aura moins fréquents, mentionnons une sensibilité anormale, un engourdissement ou une faiblesse musculaire sur un côté du corps, une sensation de picotement dans les mains ou le visage, une difficulté d’élocution et de la confusion.

De nombreux patients qui vivent des crises de migraines avec aura vivent également des crises de migraines sans aura et des épisodes de céphalées de tension. Il est donc possible que votre profil migraineux ne corresponde pas parfaitement à un des types mentionnés.

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La migraine avec aura est caractérisée par une perturbation des sens, tout spécialement de la vision. Image : Unsplash

Les sous-types de migraines avec aura :

3 – Migraine sans céphalée

Le terme technique utilisé pour qualifier cette migraine est aura type sans céphalée.

Elle est caractérisée par des problèmes de vision ou d’autres symptômes reliés à une aura, des nausées, des vomissements et de la constipation, sans qu’il y ait des maux de tête.

Les spécialistes de la migraine ont avancé que la fièvre, les étourdissements ou la douleur inexpliquée dans une partie du corps pourraient également être associés à des types possibles de migraines sans céphalée. Il s’agirait alors de complications différentes de celles connues sous les noms de migraines abdominales et de syndrome des vomissements cycliques, qui sont fréquentes chez les enfants.

4 – Migraine avec aura du tronc cérébral (anciennement appelée migraine basilaire)

Ce type de migraine touche principalement des enfants et des adolescents. Il comprend des symptômes de migraines avec aura tirant leur origine du tronc cérébral, mais sans faiblesse motrice. Les adolescentes sont les plus touchées par cette migraine, qui pourrait être associée à leur cycle menstruel.

Les symptômes comprennent une perte de vision partielle ou totale, une vision double, des étourdissements et des pertes d’équilibre (vertiges), une mauvaise coordination musculaire, une mauvaise articulation, un tintement dans l’oreille (acouphène) et des évanouissements. Une douleur pulsatile peut survenir soudainement et être ressentie à l’arrière de la tête, des deux côtés.

5 – Migraine hémiplégique

La migraine hémiplégique est une forme rare mais grave de migraine qui entraîne une paralysie temporaire (s’étalant parfois sur plusieurs jours) d’un côté du corps avant ou pendant les épisodes de céphalées. Des symptômes tels que des vertiges, une sensation de picotements ou de ponctions et des troubles de vision, d’élocution ou de déglutition peuvent survenir avant les douleurs à la tête et, de manière générale, s’arrêter peu après.

Lorsque cette condition se manifeste au sein d’une famille, elle prend le nom de migraine hémiplégique familiale. Cette manifestation demeure rare, mais au moins trois formes génétiques distinctes de migraine hémiplégique familiale ont été découvertes à ce jour. Ces mutations génétiques ont rendu le cerveau plus sensible ou excitable, probablement en augmentant les concentrations d’une substance appelée glutamate dans le cerveau. Lisez le témoignage d’une patiente atteinte de migraine hémiplégique.

6 – Migraine rétinienne

Le quatrième et dernier sous-type de migraine avec aura, la migraine rétinienne, est une forme très rare caractérisée par des crises entraînant une perte visuelle ou un trouble de la vision dans un œil. Comme dans le cas des auras visuelles, ces crises sont souvent accompagnées de maux de tête.

Dernier type de migraine :

7 – Migraine chronique

Ce type de migraine est caractérisé par une fréquence d’au moins quinze jours de maux de tête par mois durant plus de trois mois. Les maux de tête peuvent s’apparenter à des migraines ou à des céphalées de tension, mais doivent comporter des attributs migraineux au moins huit jours par mois.

Les crises peuvent être avec ou sans aura, mais elles impliquent habituellement le besoin de recourir à un traitement ou des comportements préventifs comme mesure de contrôle. Les migraines chroniques sont souvent invalidantes. Après le retrait de la médication, environ la moitié des patients aux prises avec une migraine chronique reviennent à des migraines épisodiques.

Les habitudes de prévention sont hautement recommandées pour éviter une progression des migraines épisodiques vers un état chronique. Découvrez les facteurs susceptibles d’augmenter vos risques de développer une migraine chronique, ici.

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L’IHS a reconnu officiellement plusieurs types de migraines, mais il en existe d’autres types, non officiels. Image : Unsplash

Complications dues à la migraine

Aujourd’hui, de nombreux types de migraines qui étaient associés à des troubles distincts ont été classés à titre de « complications ». Parmi ces conditions, mentionnons l’état de mal migraineux, l’aura persistante sans infarctus, l’infarctus migraineux et la crise épileptique déclenchée par une aura migraineuse (migralepsie).

Les syndromes épisodiques pouvant être associés à la migraine comprennent les troubles gastro-intestinaux récurrents (syndrome des vomissements cycliques, migraine abdominale), les vertiges paroxystiques bénins (migraine vestibulaire) et les torticolis paroxystiques bénins (épisodes d’inclinaison de la tête).

Pour en savoir plus, lisez notre article sur les étranges complications des migraines. Cela pourrait vous aider à décrypter les mystères de votre migraine, comme ça a été le cas pour moi.

Qu’en est-il des migraines menstruelles? Des migraines matinales?

Peut-être vous demandez-vous où est passée la migraine hormonale? La migraine matinale? La migraine complexe? Eh bien, tous ces types de migraines ne sont plus reconnus officiellement par l’IHS. J’ai demandé à Peter Goadsby, un des médecins les plus influents pour l’établissement des politiques de l’IHS et de l’AHS, pourquoi les nouveaux termes ont été adoptés.

Voici son explication : l’Organisation mondiale de la Santé avait besoin d’un vocabulaire partagé pour définir tous les sous-types de migraines, afin que les médecins et les patients du monde entier puissent comparer leurs notes et échanger des données. Cela semble une excellente idée.

Si vous souffrez de migraines menstruelles trois jours par mois avant vos règles, vous pouvez encore vous servir de ce nom. La même chose s’applique aux migraines liées aux conditions météorologiques et aux migraines matinales, du type de celles qui plombent votre journée avant même qu’elle ne soit commencée. À titre de combattantes des migraines, nous avons tendance à penser aux moments dans lesquels les crises surviennent et aux principaux symptômes lorsque vient le temps de nommer notre douleur.

Sur un plan personnel, j’ai découvert après des décennies à souffrir de migraines chroniques sans aura que mes propres douleurs n’avaient pas commencées à l’âge de 23 ans, mais plutôt à 12 ans, avec des complications découlant de migraines abdominales et d’une crise de migralepsie.

Des commentaires? Votre diagnostic officiel correspond-il au type de migraine dont vous croyez souffrir?

Source : International Headache Society (société internationale des céphalées). « La Classification Internationale des Céphalées », 3e édition, Cephalalgiavol. 38, no 1, 2018, 466 p.

To read the original article in English, see: https://migraineagain.com/10-types-of-migraine-which-do-you-have/