Me voici de retour après un mois de juillet plutôt calme et un difficile mois d’août, qui m’a permis une fois encore de réaliser combien l’anxiété, c’est pernicieux. L’anxiété, ça se faufile partout : dans les pensées, dans les comportements, dans les émotions. C’est comme une pieuvre qui étale ses tentacules et s’immisce dans chaque interstice. Elle ne fait pas bon ménage avec la migraine.

Quand je suis anxieuse, je me crispe. Le cou me fait horriblement mal. La migraine est comme enserrée par cette émotion, comprimée. Elle devient plus lancinante. Mon cœur bat plus vite. Je me réveille en plein milieu de la nuit sans me rendormir. Mes pensées s’inquiètent du futur, ressassent le passé, fuient le présent. Quand je suis dans cet état, ça a la conséquence systématique que je me suractive. C’est mon mécanisme de défense automatique. C’est une façon d’avoir le maximum de contrôle sur un paquet de petites choses pour regagner de l’emprise. Au final, c’est une stratégie peu efficace puisque pendant ce temps, j’évite le gros stresseur et les émotions douloureuses qu’il me fait vivre… mais ça me rattrape invariablement.

Quand je suis sous l’emprise de l’anxiété, je me perds dans une to-do list sans fin, dictée par une pulsion plus forte que moi. La pile de lavage me crie de la laver en même temps que je prépare le lunch du petit et que j’essaie de me faire un café. Il n’y a ni ordre ni priorité. Tout est urgent/important. Je m’épuise physiquement et mentalement. Alors les migraines deviennent féroces et me forcent à ne plus rien faire. Je me tapis et je déprime. Je passe d’un état à l’autre. Ce n’est pas reposant pour personne. Plus fatiguée, plus irritable, plus triste. Le chum ne sait plus comment me rassurer, car je ne suis plus rationnelle.

Après cinq ans de thérapie, je m’exaspère de ce processus qui me rattrape encore. J’ai développé tout plein d’outils pour ventiler (écrire, dessiner), pour me calmer (le Qi Qong, la marche), mais quand je suis anxieuse comme ça, je ne les applique pas au bon moment… c’est souvent trop peu trop tard. Je remarque que les années de douleur chronique ont fragilisé mon anxiété : elle est plus vive qu’avant… Il faut dire qu’avant je n’en étais pas consciente… J’étais une superwoman qui livrait la marchandise… jusqu’à ce que j’atteigne le point de rupture. Soyons honnêtes, ça a plus de panache de souffrir d’anxiété de performance au travail que d’anxiété dans la vie en général. C’est mieux vu. Par tous, moi inclus. Toutefois maintenant je réalise que ça part de la même source au fond de soi.

Alors que je disais à ma neurologue que je remarque que je gère mieux les migraines quand je gère bien l’anxiété, elle a dit une phrase qui a inspiré ce billet : « Tu es tricotée avec. » Ça me fascine toujours quand quelqu’un dit tout à coup une phrase qui résonne en moi. Ma psychologue m’a répété plusieurs fois que l’anxiété sera toujours un défi pour moi : « Tu dois cesser de lutter contre elle et te taper sur la tête pour ce que tu as fait ou pas fait. Tu dois cesser de te fâcher contre l’anxiété et apprendre à tolérer sa présence. » On m’avait déjà aussi dit que « l’anxiété, c’est comme un lion à dompter. »  Mais « tricotée avec », ça a fait bingo ! J’ai compris que de la même façon que j’en suis venue à tendre vers l’acceptation de la douleur, je dois apprendre à accepter que oui, j’ai un fond anxieux qui sera probablement toujours là.

En fait, ça m’a amenée à penser à cette laine sur la photo qui accompagne ce texte. Je suis comme cette laine. Pleine de couleurs et de facettes. Et quand on la tricote, des fois on attrape du rose, du mauve et puis du jaune. Disons que l’anxiété c’est le jaune. J’aurai beau pester chaque fois que le jaune surgit dans mon tricot, il est là. Il fait partie de la fibre de la laine. De la fibre de qui je suis. Tout comme la créativité, l’hypersensibilité font partie de qui je suis… J’allais ajouter la migraine. Mais elle, elle ne fait pas partie de moi. Elle vit dans mon corps, mais elle n’est pas Moi (celui avec un grand M des livres de psychologie). La migraine, dans cette figure de style, c’est plus le crochet ou les aiguilles à tricoter. C’est le cadre imposé. J’aurais préféré attraper à la naissance le cerveau « crochet », car c’est bien plus rapide et facile de manœuvrer avec lui, mais je suis prise avec celui « aiguilles ».

À partir de là, par contre, un monde de possibilités s’offre à moi. Est-ce qu’avec mes aiguilles et ma laine multicolore je vais créer un bonnet ? Des bas ? Un ourson ? Ou vais-je laisser la laine tout emmêlée dans un coin parce que je suis constamment frustrée de la laine et des aiguilles que la vie m’a octroyées ? Je choisis de créer avec le matériel que j’ai. C’est ça, l’acceptation.

Et oui des fois je dois défaire mon ouvrage parce que j’ai fait une erreur. D’autres fois, le résultat final est trop petit ou trop grand pour moi. Mais c’est ça qui est beau avec la laine pis les humains : on peut recommencer notre création à l’infini. C’est ça, la résilience.

Savannah Queen

Nota Bene : L’œil averti aura remarqué que la création photographiée est un ouvrage crocheté et non tricoté. J’ai bien failli faire un petit bout de tricot pour que ça matche parfaitement avec mes propos… Mais comme je travaille si fort à assouplir mon perfectionnisme, je me suis dit que la métaphore était plus importante que la photo… ;)