Une nouvelle journée commence. Ce matin, comme à la plupart de mes réveils, je sens sa présence. Elle est là ! Parfois, elle vient me voir plus tard dans la journée ou en soirée. Quelquefois, elle me tire de mon sommeil en pleine nuit. À d’autres moments, elle arrive quand il y a beaucoup de lumière ou de bruits. Aussi, elle arrive quand une personne se met trop de parfum. Ah,  elle  se glisse aussi à mes côtés quand je mange trop salé ou sucré, quand je décale mon heure de repas ou quand je ne bois pas assez d’eau. Si j’ai le malheur de me coucher trop tard, elle vient aussi me visiter. Si je dois accomplir une tâche plus exigeante, elle se pointe également le bout du nez. S’il fait trop chaud dehors ou trop humide, elle est là aussi. Elle est presque toujours avec moi. Parfois, sa présence enlève mes capacités de fonctionner normalement. Elle m’oblige à rester au frais, dans le noir, sous mes couvertures. D’autres fois, elle maintient une distance raisonnable, ne siphonnant qu’un petit peu d’énergie, tout en me laissant bien fonctionner. Heureusement, il arrive à l’occasion qu’elle me laisse un répit total. Je la remercie dans ces instants-là de me laisser être pleinement moi, au meilleur de mes capacités. Je parle ici de ma maladie, la migraine chronique, elle qui est venue me rencontrer à mes cinq ans, alors que j’étais à Walt-Disney. Elle m’avait alors enlevé l’envie d’aller voir Mickey en me gardant au lit avec un sac de glace. Depuis, elle fait partie de ma vie.

Pendant mon enfance, mon adolescence et ma vie de jeune adulte, j’ai toujours cohabité avec la migraine dans mon corps. En fait, je ne peux même pas vous dire que j’aille un souvenir de ce que c’est une vie sans mal de tête, je m’y suis simplement adaptée au fil du temps. La migraine a été présente à plusieurs occasions dans ma vie, elle a toujours ajouté des défis supplémentaires dans mes réalisations et les obstacles que je rencontrais, mais jamais je n’osais la laisser me freiner. La migraine avait beau être présente à un minimum de 15 à 20 fois par mois, à intensité variable, j’ai réussi à fonctionner malgré sa présence. J’ai réussi à terminer cinq années universitaires et à devenir psychoéducatrice, à travailler dans mon domaine à temps plein, à voyager, à mener une vie sociale très active et à vivre en couple. La médication palliait souvent pour m’aider à garder un rythme « fonctionnel » et mon désir de combattre la maladie m’a permis de mener à terme des réalisations qui m’étaient importantes.

Toutefois, l’année dernière, de nombreux stresseurs personnels et professionnels sont apparus et ma banque d’énergie s’est épuisée, complètement. Vivre avec la migraine chronique au cours des vingt-cinq dernières a fait en sorte que mon réservoir était davantage sollicité à prendre de l’énergie. C’est pourquoi j’ai eu besoin de faire un STOP, de faire un « reset » dans mon corps et mon esprit. Je ne pouvais plus continuer à vivre ma vie en luttant contre la migraine, contre mon corps douloureux qui ne faisait que m’envoyer de plus en plus de signaux d’alarme.

En m’arrêtant, j’ai vu une augmentation de mes crises migraineuses en fréquence et en intensité. Heureusement, mon arrêt de travail me forçait déjà à revoir plusieurs aspects de ma vie personnelle et professionnelle, donc, ça m’a également permis d’être plus attentive à mon corps et de finalement, prendre réellement le temps de mieux connaître la migraine qui est avec moi depuis tant d’années. C’est drôle à dire, mais j’ai réalisé que j’étais en fait très peu consciente et peu informée au sujet de ma maladie. Je constatais que je m’accordais que très peu de temps de repos. C’est ainsi que la pratique de la méditation pleine conscience m’a offert un beau cadeau. Elle m’a poussé à faire face à cette maladie, à cesser de la fuir pour l’accueillir et l’accepter tout en remettant en priorité ma santé.

Je dois maintenant utiliser de nouveaux moyens pour continuer de m’accomplir en la présence des migraines. Je comprends que je dois ralentir et me réajuster. Je dois changer des habitudes de vie, je dois refuser de faire des sorties et je dois accepter de me réorienter vers un milieu de travail flexible. Je dois composer avec la souffrance et l’écouter. Lutter contre elle m’a fait avancer, mais aujourd’hui, je dois travailler en équipe avec elle. Je dois me permettre de sortir ma rage et le sentiment d’injustice qu’elle me fait vivre. Je dois également vivre avec le fait que je déçoive parfois mes proches en refusant des invitations et en menant une vie moins active qu’autrefois. Mon conjoint doit aussi souvent composer avec mes plaintes et le fait de me voir souffrir sans pouvoir faire disparaître ma douleur.

Malgré la présence quasi constante des maux de tête, je n’ai pas envie de baisser les bras ou de m’apitoyer sur mon sort. Je suis convaincue que chaque obstacle que je rencontre avec cette maladie fait en sorte que je cherche encore plus loin des solutions pour vivre en cohérence avec mes capacités et mes valeurs. Elle m’oblige à mettre en priorité ma santé et ça, c’est précieux. Ça me pousse aussi à m’entourer de personnes positives et compréhensives, ainsi qu’à prendre du temps pour me ressourcer. Ça me pousse à m’affirmer et à mettre des limites pour respecter mes capacités. Finalement, le fait de vivre avec la douleur chronique m’aide à être plus reconnaissante et plus sensible face aux petits plaisirs simples que la vie m’apporte quand je ne ressens pas de douleur. Ma maladie me permet de vivre un instant à la fois, dans la beauté du moment présent, qui n’est heureusement pas que douleur, mais aussi mille et une ressources qui se trouvent à l’intérieur de moi.

Une collecte de fonds pour Migraine Québec

En décembre 2018, mon conjoint Yannick s’est envolé pour l’Islande afin de participer à un événement bien spécial, la SPARTAN RACE : ULTRA WORLD CHAMPIONSHIP 2018. Avec son énergie incroyable et en vivant sa passion pour le sport, il s’est qualifié pour participer à cette grande course à obstacles qui a eu lieu dans un pays où les conditions météorologiques sont difficiles et très imprévisibles. Yannick, assumant les frais de cet évènement et de ce voyage par lui-même, m’a offert un beau cadeau en guise de soutien à ma maladie, les migraines, soit de récolter des fonds pour MIGRAINE QUÉBEC. En réalisant ce grand défi qui a demandé d’affronter des intempéries, de faire preuve de tolérance et de dépassement, Yannick a pu souligner la persévérance des personnes vivant avec la migraine chronique, affrontant la douleur au quotidien et continuant à foncer dans la vie. De mon côté, c’est en racontant mon histoire que j’ai pu entamer un processus d’acceptation et de guérison, une réorientation professionnelle et que j’ai pu transmettre une lueur d’espoir aux autres personnes migraineuses.

Nous avons donc pu récolter 3 070 $ pour Migraine Québec grâce à vos dons et aux partages de ce témoignage ! Un grand merci. https://migrainequebec.com/donnez/