Après une longue absence, je dépoussière ce blogue. Au moment où j’ai cessé de pianoter sur mon clavier, j’étais dans une phase dépressive assez sévère, propulsée par un médicament de prophylaxie qui ne m’a pas fait du tout. Ne me sentant plus la force de garder un ton porteur d’espoir malgré la détresse, j’ai arrêté d’écrire.

Et puis le temps passant, la culpabilité a pris le dessus, les jugements aussi. « Ça fait beaucoup trop longtemps, qu’est-ce que les gens vont penser ? Argh… ça ne me tente pas d’expliquer mon absence. » La bachelière en Communications en moi voyait d’un mauvais œil le fait d’avoir « abandonné » ses lecteurs.

Lorsque j’ai repris du poil de la bête, j’ai choisi plutôt de m’investir avec d’autres bénévoles dans la création du précieux groupe de soutien en ligne de Migraine Québec, Partage Migraine Québec. J’y ai rencontré des bénévoles en or, qui sont devenues des amies précieuses. Sur cette page, j’ai retrouvé avec bonheur plusieurs d’entre vous. J’y ai lu des récits de guerrières, des récits faits de quelques précieux hauts, mais aussi de moments de gouffres abyssaux. J’y ai lu beaucoup de souffrance, une souffrance que je partage dans ma vie menée et minée par la migraine.

Les cinq dernières années ont été de véritables montagnes russes. J’ai cheminé à travers l’acceptation de la migraine quotidienne dans ma vie. Cependant, les derniers mois ont été très déstabilisants et m’ont amenée à tout remettre en question. J’en suis venue à douter de ce que je qualifiais d’acceptation… Avais-je vraiment accepté la maladie où j’avais plutôt fait : « Mmmm OK j’accepte que la migraine chronique m’impose 1500 limites… comment je fais pour en repousser un maximum… ? » J’ai toujours cherché à étirer ma corde, mes limites beaucoup trop restreintes. Avec moult thérapeutes (psychologue, physiothérapeute -RPGiste, ergothérapeute, alouette), j’ai réussi petit à petit à faire des gains. Mais dans la dernière année, j’ai vécu de la pression pour étirer encore plus l’élastique. Et ça a cassé. J’ai perdu beaucoup de plumes. J’ai l’impression d’être retournée en arrière et de devoir rebâtir des capacités que je croyais acquises.

Quand je ne vais pas bien, je m’isole. La dernière chose dont j’ai envie c’est de partager ce que je ressens. Probablement un vieux réflexe animal de protection. Après des semaines de silence (je me terrais), un beau matin où mon homme ne savait plus trop comment me rassurer, j’ai eu besoin de soutien extérieur. J’avais besoin de me faire dire par des personnes qui comprenaient ce que je vivais : « c’est normal que tu sois anxieuse, en colère avec ce qui t’arrive… » En déversant mon flot de mots et d’émotions à mes amies migraineuses, j’ai réalisé qu’il y avait quelque chose de précieux dans la vulnérabilité.

J’ai pensé que cette situation de « creux de vague » allait peut-être encore plus rejoindre ceux qui traversaient une période difficile. S’il y a une chose que j’ai apprise dans les dernières années, même si chaque fois j’en doute, c’est que dans ces périodes sombres la force de résilience en nous se peaufine. Chaque fois, on émerge du fond différemment, en ayant compris que pour remonter, il fallait délester de la charge. La meilleure façon de partager mon cheminement avec la migraine chronique c’est peut-être justement de partager mes efforts pour gravir la pente.

Je vais être honnête avec vous, je ne me sens plus du tout Savannah Queen. C’est un surnom qui me vient d’une période de ma vie où j’étais en pleine possession de mes moyens, où j’avais une carrière stimulante dans laquelle je rayonnais. (Et une phase où j’adorais les imprimés animaliers.) Quand j’ai décidé de signer de ce pseudonyme mes billets, je pensais la retrouver, cette vie. Je n’imaginais pas que la migraine me maintiendrait au plancher pendant de si nombreuses années. 

Dans un monde idéal, j’aurais attendu de trouver un surnom plus adéquat avant d’écrire ce billet. Sauf que… en traversant la savane, je me suis écorchée, mais je me suis aguerrie aussi. J’ai donc réussi à faire taire la perfectionniste en moi d’un : « Sérieux ?! Non, mais on s’en fout ! Ce n’est pas vrai que tu vas encore retarder la reprise de ce blogue parce que tu cherches le nom parfait. Aweye, écris. »

Quand j’y pense bien, au fond, Savannah Queen n’est pas si loin de moi. Je l’incarne simplement différemment d’avant. Ce doit être pour ça que j’ai utilisé cette métaphore il y a quelques semaines pour expliquer comment je me sentais dans ma déprime : « Je connais le chemin vers le mieux-être. C’est juste que j’ai perdu ma machette pour le débroussailler. »

Au moment où je termine ce billet, je sais que je l’ai retrouvé, ma machette. Je vous invite à venir découvrir le nouveau chemin que je vais me dessiner à partir de ce que j’ai appris de mes expéditions précédentes. Le dernier passage avait encore trop d’épines.