Par Dre Elizabeth Leroux, M.D., FRCPC
Neurologue spécialisée en médecine des céphalées

De meilleures aptitudes, moins de pilules. Pour de nombreuses personnes aux prises avec des migraines, éviter la médication est une priorité. Bonne nouvelle, les options disponibles pour contrôler les migraines sans médication sont nombreuses. Les diètes semblent être l’avenue la plus prisée, mais les preuves sur de telles solutions reposant sur la nourriture demeurent limitées. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles ne fonctionnent pas. Il y a là un excellent sujet pour un autre billet de blogue.

Les approches axées sur le comportement soutenues par de solides arguments scientifiques sont, entre autres, la relaxation, la thérapie cognitivo-comportementale, la rétroaction biologique et la gestion des déclencheurs. La réduction du stress par la pleine conscience est également à l’étude et a démontré de bons résultats avec l’anxiété et la douleur chronique.

Il semble donc que l’adoption de ces pratiques saines peut vraiment aider. Mais il y a un hic : tout ça est DIFFICILE! Le temps manque, la motivation fluctue et paf!, la migraine frappe et sabote votre concentration durant deux ou trois jours. Puis, l’heure est au rattrapage. Plus question de séances de relaxation. Je savais que je n’y arriverais pas (soupir de découragement).

Y a-t-il de la recherche sur ce sujet de grande importance? OUI.

Dans un article paru dans la revue Headache (notre revue favorite), Mme Matsuzawa et ses collègues ont examiné les raisons derrière la difficulté à persévérer dans l’adoption d’habitudes reposant sur des approches comportementales. Voici ce qu’ils ont découvert :

Barrières à l’adhésion aux approches axées sur le comportement
« Pourquoi est-ce si difficile de persévérer? »

Attitude et croyances Je n’y arriverai pas. Tout le monde dit que c’est une bonne chose à faire, mais ça ne fonctionnera pas. Je ne peux pas arrêter de penser, c’est dans ma nature. Je n’ai pas le temps pour ça. Je ne suis pas anxieux, pourquoi devrais-je faire ça? Mon anxiété n’est pas la cause de mes migraines. La méditation, c’est ésotérique et bizarre.
Stade de changement et de motivation Je ne suis pas prêt pour ça. Ce n’est pas un bon moment pour que j’aille de l’avant avec ce changement. Je sais que je devrais le faire, mais je n’en ai tout simplement pas envie. Je me sens obligé de faire ça.
Manque de connaissances Je ne sais pas comment m’y prendre. Je ne crois pas qu’une telle approche peut être utilisée pour les migraines. Qui me montrera à méditer? Cela semble très complexe. Je ne pense pas que ça vaille le coup que je m’y mette.
Lieu de contrôle (interne ou externe) Je ne peux pas le faire seul. Le médecin doit régler mon problème.
Connaissance de ses propres capacités Je crois que je peux le faire et atteindre mon objectif.
Stratégies d’adaptation Évitement : je ne peux faire A, B ou C, car cela déclenche des migraines. Autocritique : c’est de ma faute, je devrais être capable de faire ça. Pensée magique : la douleur va finir par disparaître. Retrait social : je suis une cause perdue, mes amis doivent être lassés de moi.
Attentes et acceptation Je souhaite seulement que la douleur s’en aille. Si ça ne peut pas être parfait, ça ne vaut pas la peine. Je ne peux simplement pas vivre avec cette douleur, ma vie est un cauchemar. Je veux être comme avant, rien de moins.

** Adaptation libre de l’article de Mme Matsuzawa, en combinaison avec des commentaires entendus dans mon bureau.

Oh! Ce tableau est un peu déprimant, n’est-ce pas?

Pourtant, toutes ces pensées et ces réactions sont absolument normales pour une personne aux prises avec un problème (la douleur ou autre chose).

Bonne nouvelle, il existe des solutions!

Alors, qu’est-ce qui peut être fait pour surmonter ces obstacles et réussir à adopter de bonnes habitudes qui réduiront la fréquence des migraines? Voici un certain nombre de choses que vous et votre prestataire de soins pouvez faire pour réaliser des progrès en ce sens (en ne perdant pas de vue que c’est un long processus).

Ce qui peut être fait par le patient

Se renseigner davantage et se convaincre Cherchez de l’information supplémentaire et renseignez-vous sur la technique qui vous intéresse. Cela alimentera votre motivation.
Travailler votre acceptation et adapter vos attentes Prenez conscience que malgré le caractère injuste de la situation, vous devez composer avec elle. Appréciez les petites réussites et bâtissez votre confiance.
Utiliser une approche SMART (faites une recherche sur Google pour en savoir plus) Votre objectif doit répondre aux critères suivants : spécifique, mesurable, approprié, réaliste et temporel.
Envisager la thérapie d’acceptation et d’engagement Ce type de thérapie cognitivo-comportementale est conçu pour vous aider à réinitialiser vos attentes… et à vous sentir mieux. Cela peut être fait auprès d’un intervenant ou dans un atelier de groupe.

Ce qui peut être fait par le prestataire de soins

Adapter le traitement à chaque patient Chaque patient compte sur des stratégies d’adaptation, des champs d’intérêt et des contextes sociaux différents. Recommander la relaxation à tout le monde a peu de chance de fonctionner.
Tenir une discussion en profondeur avec le patient Abordez les préoccupations de votre patient. Évaluez ces opinions, ses perceptions et ses motivations.
Utiliser des échelles pour évaluer la situation Votre patient peut remplir certaines échelles utilisées dans les recherches pour évaluer sa connaissance de ses propres capacités, son lieu de contrôle, ses pensées catastrophistes ou autres.
Utiliser la technique d’entrevue motivationnelle Cette technique bien connue améliorera la qualité de vos interactions et augmentera les chances de progression du patient.
Bâtir un réseau de ressources Vous devrez compter sur des alliés pour aider votre patient. Apprenez à connaître votre réseau local : ateliers, intervenants, programmes en ligne, etc.
Faire le suivi de la progression du patient Si vous recommandez une technique et que votre patient s’engage à l’adopter, prenez conscience qu’il s’agit d’un aspect important du plan, et faites un suivi dès la séance suivante. Si votre patient applique la technique, confortez-le dans sa démarche. S’il éprouve des difficultés, encouragez-le et faites une réévaluation.

SOMMAIRE :

  • Les approches axées sur le comportement peuvent fonctionner pour améliorer la gestion des migraines, mais l’adoption des habitudes recommandées (et la persévérance) n’est ni naturelle ni facile.
  • Une série de facteurs humains expliquent pourquoi les gens ont de la difficulté à s’engager envers des habitudes saines.
  • Des solutions existent, tant du côté du patient que de celui du prestataire de soins, pour améliorer l’adoption de saines habitudes et obtenir du succès (moins de migraines, hourra!).

Avez-vous trouvé cet article utile? Partagez-le et commentez-le!

Référence :
Matsuzawa, Y. « Barriers to Behavioral Treatment Adherence for Headache: An Examination of Attitudes, Beliefs, and Psychiatric Factors ». Headache, vol. 59, no 1, janvier 2019, p. 19-31.