Article présenté avec l’aimable autorisation de Migraine.com. Cet article a été traduit de l’anglais avec l’autorisation expresse de Migraine.com/Health Union LLC et ne peut être copié ou reproduit sans son autorisation écrite.

Par Kyky Knight · 26 janvier 2018

Récemment, je me suis surprise à prendre mes distances durant une conversation avec des collègues. Il était question de nos plans pour la soirée, mais aussi de simplement savoir comment nous allions depuis notre dernière rencontre. J’avais de la difficulté à prendre part à la discussion de manière franche, car mon attention était entièrement tournée sur la douleur qui montait graduellement dans mes dents et mes yeux. Quand j’ai entendu vaguement mes collègues dire à quel point le soleil était beau et fort ce matin-là, j’ai pensé à la douleur incroyable que représentait une exposition directe au soleil, à la difficulté de déchiffrer un courriel dans la lumière éblouissante et à mon incapacité à me concentrer sur le contenu en raison de la douleur grandissante dans le côté droit de mon visage. Je crois que j’ai marmonné une réponse fuyante à propos de ma soirée et que j’ai laissé mon esprit errer quelques secondes avant que mes collègues retournent à leurs tâches. J’étais de nouveau libre de me concentrer sur la douleur dans ma tête.

Une escalade matinale banale

Mais ce n’est pas tout. Quelqu’un près de moi a allumé une bougie, s’est enduit les mains d’une crème odorante ou a vaporisé quelque chose dans l’air. Je ne pouvais pas dire ce que c’était, mais une odeur forte venait d’être répandue. Elle m’est montée au nez comme un coup de poignard ou de marteau. J’ai lancé mon regard partout pour trouver le responsable. L’inquiétude me gagnait devant cette odeur qui s’ajoutait au soleil perçant. Un peu de répit, voilà ce dont j’avais besoin.

D’un coup, mon attention était mobilisée par ma sensibilité envers tout ce qui m’entourait : l’odeur, le soleil et le bruit insoutenable du marteau-piqueur en action juste en face de mon lieu de travail. Sans compter la nausée qui pointait, en raison d’une migraine. Je me suis retrouvée dans une spirale d’inquiétude à propos de tous ces stimuli « normaux » qui semblaient s’être ligués contre moi, en plus d’éprouver de grandes douleurs. J’étais également inquiète à l’égard de mes interactions avec mes collègues et de ma tenue devant eux. En l’espace de quelques minutes, j’ai été littéralement engloutie par une migraine. Même si la douleur augmentait peu, mon attention portée à la douleur s’est accrue de manière exponentielle.


Me ménager une porte de sortie

J’ai commencé à penser à des moyens de soulager un peu la douleur et l’anxiété. Je pouvais aller prendre l’air ou me retirer à la salle de bain pour un instant. C’était des avenues raisonnables et fiables. Je savais qu’elles pouvaient m’aider. Pourtant, la simple pensée de prendre ces moments de répit me donnait de l’angoisse. Je me disais qu’en sortant prendre l’air pour échapper à l’odeur, mes collègues pourraient penser que je prenais une pause personnelle pour flâner un peu, et je ne suis pas allée à la salle de bain de peur qu’on pense que j’y allais pour perdre mon temps. Tout ça est déraisonnable, je le sais bien.

Au lieu de prendre un temps pour moi comme j’aurais dû le faire, j’ai relancé une conversation avec un collègue.

« Le soleil est absolument magnifique aujourd’hui. » En le disant, j’ai étendu les bras comme pour m’imprégner de la chaleur. Mais qu’est-ce que je cherchais à faire? J’imagine que je voulais montrer mon accord avec l’opinion générale. Ce magnifique soleil devait égayer notre matinée, pas la gâcher.

Cacher la douleur

Je vis beaucoup de journées comme celles-là. Souvent, je minimise les symptômes de mes migraines pour ne pas avoir l’air aigrie ou dans le besoin. Et je sens constamment que je dois justifier ce que je fais, lorsque je me prends la tête dans les mains, que je dois quitter une pièce ou sortir prendre l’air. Je sais bien que c’est futile et irrationnel de projeter sur mes pairs et mes collègues des attitudes de jugement sur le temps que je prends à prendre soin de moi ou encore de considérer, comme je le fais parfois, que ma douleur ne mérite pas qu’on s’y attarde. Je suis constamment préoccupée par la perception qu’ont les gens de moi, et je cherche toujours à excuser mes gestes, car j’ai cette impression tenace que ma douleur n’est pas valide et qu’elle ne justifie pas un moment de pause.

La vérité, c’est que tout cela ne tient pas. Et je le sais très bien. S’arrêter un moment pour prendre une bouffée d’air n’a rien de honteux, et la douleur n’est pas quelque chose à prendre à la légère. Pourtant, sur le coup de certaines situations, il m’arrive encore souvent de bricoler des excuses sur les symptômes de mes migraines, en les attribuant à des facteurs pouvant sembler plus légitimes ou compréhensibles. Ce faisant, j’alimente le mythe que les migraines ne sont pas à prendre au sérieux.

Alors, pourquoi faire semblant?

J’ai réfléchi sur les raisons qui me poussent à discréditer mes propres expériences. Cela m’a amenée à retenir quelques raisonnements que je peux utiliser pour essayer d’être mieux ancrée dans le moment présent et m’aider à combattre certains de mes penchants qui peuvent avoir des répercussions négatives. Voici quelques-unes des pensées qui alimentent le doute à l’égard de ce que je ressens, suivies des affirmations que je souhaite adopter pour surmonter ce doute.

  • Je pense parfois que les gens me perçoivent comme une paresseuse qui invente des excuses. Or, je travaille fort et je mérite bien le droit de prendre soin de moi!
  • J’ai tendance à me mettre de la pression pour « endurer » la douleur et me prouver que je peux passer outre. Or, endurer la douleur peut faire plus de tort que de bien. C’est correct de ne pas endurer à tous les coups!
  • Je sens que je dérange les gens ou que je les laisse tomber lorsque j’ai des migraines. Or, je ne peux pas contrôler complètement mes migraines, et les gens ont souvent plus d’empathie que je leur en accorde!

Ce ne sont là que quelques éléments auxquels j’ai pensé et qui touchent mes traits de caractère et ma personnalité. Je crois qu’en y portant une plus grande attention, je pourrai changer quelques-uns de mes propres comportements envers moi-même lorsque vient le temps de composer avec la douleur.

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