Par Dr Séverine Debiais, Praticien Hospitalier. Neurologie, Centre Hospitalier Régional Universitaire de Tours

(Mémoire de diplôme universitaire d’hypnose médicale, Paris VI-2017-2018 : « Hypnose et Neurologie : état des lieux en 2018, ou Petit manuel de survie à l’usage des neurologues souhaitant pratiquer l’hypnose »)

Qu’est-ce que l’hypnose médicale ?

L’hypnose médicale vise, dans le cadre de la relation de soin à « aider les patients à atteindre une compréhension qui va les aider à abandonner certaines des limitations habituelles de la vision de leur vie de tous les jours, de sorte qu’ils pourront atteindre un état de réceptivité pour ce qu’ils ont en eux-mêmes de nouveau et de créatif » (Milton Erickson, un des plus célèbres médecins américains ayant développé la pratique de l’hypnose au 20ième siècle).

Ainsi, l’hypnose est unedémarche active et consentante, dans laquelle le patient ne perd pas lecontrôle, et qui fait appel à son imaginaire pour lui permettre d’atteindre des buts qu’il s’est fixé lui-même (C Flamand-Roze, Le corps est le seul langage qui ne parle pas). L’hypnose médicale est avant tout un outil thérapeutique, utile en neurologie comme dans d’autres spécialités (douleur, anesthésie, obstétrique, psychiatrie), à utiliser à bon escient bien sûr, et par des praticiens connaissant déjà, par leur formation de base, les pathologies et les troubles neurologiques en cause.

Quel est l’intérêt de l’hypnose dans les migraines ?

La migraine est une affection à la frontière du biologique et du psychologique. Psychologique car les facteurs émotionnels constituent de puissants déclencheurs. Une méthode comme l’hypnose peut permettre au migraineux de remettre « en sommeil » sa prédisposition à déclencher des crises de migraine, de la désactiver, notamment en jouant sur un meilleur contrôle des émotions.

Nombre de migraineux, notamment ceux dont la maladie migraineuse est la plus sévère et la plus handicapante, manquent de filtres et de « pare-excitation », leurs ressources sont limitées et vite dépensées, leur résistance au stress et au changement est insuffisante pour de telles exigences. Comme le dit Anita Violon, psychologue belge spécialisée dans la prise en charge de la migraine : « Tels d’inlassables guetteurs, les migraineux captent sans relâche ce qui vient de l’extérieur et s’en trouvent bombardés jusqu’à saturation, comme s’il leur manquait les indispensables filtres quipermettent de dissocier l’accessoire de l’essentiel, le banal de l’inconnu. Tout les touche et les pénètre ».

Dès lors, l’utilisation de méthodes de gestion du stress, de relaxation et d’hypnose intégrées dans la prévention de la migraine prend tout son sens, qui est de protéger le patient, en lui donnant quelques clés de compréhension et de contrôle. Pour se protéger aussi bien que pour réduire la tension musculaire, la fatigue, et la surcharge émotionnelle, l’hypnothérapie médicale est utile et peut être relayée à domicile par l’autohypnose. Il s’agit d’une thérapie courte, faisant partie des « thérapies brèves », et dont l’effet s’observe à long terme. (Violon A, L’apport de l’hypnose dans le traitement de la migraine. Rev Med Suisse 2001; volume 3, accessible en ligne). En pratique, le patient sera vu 3 à 6 fois pour des séances de 30 à 45 minutes, et pourra également apprendre l’autohypnose pour l’utiliser plus tard seul.

Exemples de séances d’hypnose pour les migraineux.

Une des rares études cliniques récentes sur l’intérêt de l’hypnose dans les migraines a été réalisée par Anita Violon, et a été présentée lors d’un congrès du Groupe d’étude pour les applications médicales de l’hypnose à Paris en 2000, reprenant les données de vingt-six personnes souffrant de migraines sévères, qui ne cédaient pas ou de façon inconstante aux traitements classiques et qui ont souhaité être traitées par l’hypnose. Voici quelques suggestions qui pouvaient être faites en hypnose durant ces séances, avec les patients migraineux sévères : coupure avec l’environnement, suggestions d’un état de détente, de sensation de relâchement, de chaleur des mains, de fraicheur de la tête, d’évacuation des tensions, de ralentissement du rythme, de protection et de sécurité… Le tout relayé par de l’autohypnose.

Anita Violon parle joliment d’une hypnose agricole, où il faut d’abord « préparer le terrain » en identifiant les abus et excès auxquels sont souvent soumis ces migraineux sévères, puis « retourner les idées toutes faites » en « enrichissant le vécu en bien-être », puis « semer de bonnes paroles » avec création de soupapes, recours à une safe place ou « sanctuaire personnel », avant de laisser germer, pousser, et enfin arroser (autohypnose) et de pouvoir faire la récolte (le mieux-être du patient migraineux). L’ensemble de ce travail s’effectuait sur une douzaine de séances. Parmi les 26 patients migraineux ainsi traités, 27% décrivaient une disparition des crises après quelques séances, et il était noté une diminution de la fréquence des crises de plus de 50% chez 35 % d’entre eux.

Voir aussi la méthode « Ne rien faire », de Gaston Brosseau, psychologue québécois : http://www.gastonbrosseau.com

Qu’est-ce que l’autohypnose ?

L’autohypnose pourrait se définir simplement comme une capacité ou une compétence développée chez une personne, qui lui permet d’entrer par elle-même, de façon autonome, dans un état de transe hypnotique. Après quelques séances d’hypnose avec un thérapeute, il est en effet possible de retrouver, par soi-même, les bienfaits de l’état d’hypnotique.

Ces techniques, proches des démarches de méditation, permettent de poursuivre le travail effectué en séance ou de retrouver, quand on en a besoin, un état de détente et de relaxation profonde. Une fois atteint, cet état de conscience permet un accès ou une introspection, et facilite la réalisation et l’atteinte d’objectifs personnels. Cependant, les bienfaits de l’hypnothérapie résultent avant tout d’une relation singulière entre le patient et le thérapeute, que l’autohypnose ne peut, à elle seule, remplacer.

Conclusion.

Il existe, dans la prise en charge de la migraine, des approches non médicamenteuses, comme l’hypnose, qui peuvent être utiles aux patients, les aider à mieux vivre avec leur maladie et améliorer leur qualité de vie. Par ailleurs, il faut savoir ce qu’on peut attendre de l’hypnose : elle ne guérit pas la migraine, mais peut permettre d’atténuer les symptômes, ainsi que leur impact sur la vie quotidienne.

Il est essentiel d’insister sur l’importance de l’implication du patient, et notamment sur la pratique de l’autohypnose : en effet, si l’hypnose fait partie des thérapies brèves, la pratique de l’autohypnose, qui dépend du degré de motivation du patient, est aussi source d’amélioration. Il est important également, pour le patient, de comprendre dès le départ qu’il ne perdra pas le contrôle avec l’hypnose, mais qu’il va au contraire le reprendre (C Flamand Roze).

Quelques références :

  • Laure Bordenave et Adrian Chaboche, Hypnose et auto-hypnose, Comment faire de son inconscient un allié pour sa santé et son bien-être. Editeur Josette Lyon 2018
  • Constance Flamand Roze. Le corps est le seul langage qui ne ment pas : 25 histoires d’hypnose. Editeur Les Arènes 2018
  • L’hypnose, expliquée par D. Corydon Hammond, psychologue américain spécialisé en hypnose clinique (en anglais) : https://www.youtube.com/watch?v=VxmFmIJO5xA 
  • Anita Violon. L’apport de l’hypnose dans le traitement de la migraine. Rev Med Suisse 2001; volume 3, en ligne : https://www.revmed.ch/RMS/2001/RMS-2356/21549
  • Voir également en ligne le site de Gaston Brosseau, célèbre psychologue québécois spécialisé dans l’hypnose : http://www.gastonbrosseau.com