Témoignage de Yves Castonguay
Membre de Migraine Québec

J’avais de la douleur tout le temps. J’étais effrayé de voir ma qualité de vie se dégrader. J’ai cherché des informations afin de réduire mes douleurs de migraines. Mon médecin était d’une source intarissable d’informations. J’ai orienté mes recherches sur la céphalée d’origine médicamenteuse (COM, MOH en anglais). L’article « Management of medication overuse headache » du site BMJ.com m’a grandement aidé à me préparer au sevrage.

J’ai fait les démarches pour revoir mon neurologue traitant. Je lui ai expliqué mon état : 29 jours de migraines par mois avec 33 doses de Zolmitriptan, grande fatigue, incapacité de me concentrer au travail la moitié du temps, sommeil perturbé et épisodes de découragement. Il m’a prescrit 3 mois d’arrêt du travail pour un traitement en 3 phases. La première phase consistait en 2 semaines de repos avec prises d’analgésique et de Zolmitriptan au besoin.

Pendant la deuxième phase, d’une durée de 15 jours, prise de prednisone avec arrêt de tout analgésique et de Zolmitriptan. Au cours de la troisième phase, j’étais en convalescence, sans aucune prise d’analgésique et de Zolmitriptan pendant 2 mois. J’étais content d’avoir ce temps d’arrêt. Je n’ai pas ressenti de culpabilité en m’absentant du bureau. Le soutien du groupe d’entraide Migraine Québec m’apporté confiance et sérénité.

Depuis la vingtaine, j’ai essayé une multitude de médicaments préventifs sans vraiment de succès. Le Zolmitriptan, combiné à de l’ibuprofène, m’a grandement aidé à demeurer fonctionnel de la trentaine à la cinquantaine. Toutefois, l’ibuprofène provoquait des chutes d’énergie invalidantes. Pour me soustraire des migraines, j’ai entrepris avec succès un sevrage de l’ibuprofène, mais à partir de ce moment, j’ai consommé davantage de Zolmitriptan.

Je n’étais pas à mon premier sevrage de médicament. À 42, puis à 43 ans, j’ai tenté un sevrage de tout médicament, mais sans succès. Mais, cette fois, à 51 ans, j’ai mis le paquet. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai fait appel à un acuponcteur, à une psychothérapeute ainsi qu’à un massothérapeute.

J’ai entrepris des séances d’acupuncture dès le début de mon congé de maladie à raison d’une séance par semaine pendant 20 semaines. J’ai poursuivi de façon occasionnelle par la suite.

J’avais commencé des séances de psychothérapie avant mon congé de maladie, et je les ai poursuivies 6 mois après mon congé. J’ai apporté des changements dans ma vie : prendre des pauses au travail, éviter mes déclencheurs alimentaires (chocolat, aliments ultra-transformés) et mieux me préparer au sommeil. Ces changements furent salutaires.

Je bénéficiais des séances de massothérapie avant mon sevrage, mais j’en profite davantage maintenant, car ils m’apportent une plus grande relaxation.

Je pense que mon cerveau n’a pas de frein. Si je fais une activité un peu trop stimulante après le souper, ma qualité de sommeil est affectée et la migraine suit. Différentes techniques de relaxation, telles le training autogène et la méditation pleine conscience, ralentissent mon activité cérébrale. Je fais régulièrement de l’exercice physique (vélo, badminton, 7 minutes Workout) et je pratique des techniques d’étirement pour la nuque.

Avant de débuter le sevrage, j’ai bâti la stratégie suivante pour contrer la douleur :

Douleur légère
Hydratation, techniques de relaxation, exercices aérobiques, massage, activités qui me font plaisir

Douleur modérée
Travaux physiques qui n’exigent pas de concentration, sommeil, bain, m’allonger, méditer sur le pourquoi de cesser la médication, activités qui me font plaisir

Douleur intense
Dormir, pendre un bain, marcher, faire du vélo, aucune responsabilité, anti-nausée, changer d’activités très fréquemment

En cas de découragement

Parler : psychologue, ligne d’écoute, ami, épouse, enfant

Dernier recours : appeler mon médecin

J’ai noté quotidiennement mes migraines, leur intensité (0 aucune, 10 extrême) et leur durée pour mieux suivre leur évolution. Cela m’a grandement aidé à demeurer objectif et à constater les progrès.

Dans la phase 1 – repos avec médication contre la migraine, j’avais en moyenne une migraine d’une intensité de 5 /10 pour une durée moyenne de 6 heures par migraine sans aucune journée sans migraine.

Dans la phase 2 – traitement avec Prednisone, j’avais des douleurs tous les jours (durée moyenne de 10 heures) mais pas très intenses (moyenne de 3/10).  Avant le traitement, je me sentais très stressé et anxieux, car je craignais la douleur et les effets secondaires de la Prednisone. Si les effets secondaires de ce médicament étaient tolérables, la qualité de mon sommeil fut toutefois perturbée.

Dans la phase 3 – convalescence (aucun médicament), la douleur intense s’est présentée dans les jours suivant l’arrêt de la Prednisone. Mes techniques de divertissement et d’acceptation ont fonctionné. Je me répétais « Je fais toute cette démarche pour un mieux-être ».

Dans les deux mois qui ont suivi, j’ai eu en moyenne une migraine intense par semaine. Dix jours après l’arrêt de la Prednisone, j’ai commencé à avoir des journées sans migraine.

Après le début du sevrage, j’ai obtenu en moyenne :

  • Au 2e mois, 3,8 jours sans migraine par semaine;
  • Au 3e mois, en moyenne 4,8 jours sans migraine par semaine;
  • Au 4e mois, en moyenne 5 jours sans migraine par semaine;
  • Au 5e mois, en moyenne 5.2 jours sans migraine par semaine.

J’ai eu également une migraine intense de 7 à 8 sur 10 par 2 semaine.

Depuis le 4e mois du sevrage, je prends une très petite dose de médicament préventif, soit 10 mg de Nortriptyline.

Je constate maintenant qu’il est plus facile de travailler sans supporter de la douleur. Je m’offre des pauses régulières au bureau. Je sors dehors pour changer d’air, pour bouger et pour relaxer. Dans les minutes qui suivent, je constate tout le bienfait que cela me procure. J’adapte mon quotidien en fonction de mon état. Je ne suis plus anxieux à l’idée d’une migraine.

Mon père et ma grand-mère étaient migraineux. Dans les deux cas, la migraine a disparu vers l’âge de 60 ans. Mon histoire familiale m’a influencé, puisque qu’elle m’a donné l’espoir de m’en sortir.

Avant le sevrage, l’arrêt de Zolmitriptan me paraissait impossible. Pendant des années, j’avais essayé d’espacer les doses, mais sans vraiment de succès. Pendant mon sevrage, j’ai eu quelques épisodes de découragement : la relecture de mon calendrier de migraine des mois précédents mon sevrage m’a convaincu de repousser au maximum la prise de Zolmitriptan. Si le sevrage n’a pas éliminé toutes les migraines, les résultats positifs du sevrage ont changé ma vie.

Après 6 mois, j’ai repris deux doses de Zolmitriptan pour éliminer deux migraines sévères. Je compte en prendre le moins possible. Toutefois, le retour au travail demeure un défi. Pour y arriver, je gère les priorités et parfois je me déplace dans une salle de réunion inoccupée pour faciliter ma concentration. Je suis déterminé à persévérer car j’ai une preuve tangible que les changements apportés à ma vie sont bénéfiques.