La migraine est encore mal comprise, à la fois du grand public, des personnes souffrant de migraine et même des non-spécialistes du monde médical.

En dépit des progrès de l’information et de la technologie, et bien que la maladie fut identifiée il y a plus d’un siècle, des mythes étonnants et néfastes circulent encore dans la société, notamment dans les médias. Ces fausses informations peuvent induire en erreur bien des personnes : vos parents, vos amis, vos  collègues ou… vous-même.

Le Dr Joel Saper, fondateur et directeur du Michigan Headache & Neurological Institute souligne qu’ « il n’y a aucune de condition d’une telle ampleur qui soit aussi entourée de mythes et de désinformation, et pourtant, il y a peu de conditions qui soient aussi invalidantes pendant une crise aiguë. » [i] Pour aider les personnes à gérer la migraine aussi efficacement que possible, ces mythes doivent être déboulonnés. Pour améliorer notre condition, mais aussi pour réduire la stigmatisation et la discrimination envers les personnes souffrant de migraines, les faits doivent être rétablis.

Mythe no 1 : La migraine est causée par des facteurs psychologiques comme le stress ou la dépression.
Réalité : La migraine est une maladie neurologique.

La migraine est classée comme une maladie neurologique, ce qui est très différent d’un trouble psychologique [ii], qui eux concernent des conditions telles l’anxiété ou la dépression.

La migraine résulte d’un dysfonctionnement physiologique et d’une sensibilisation aux stimulus externes provenant du système nerveux. Lorsqu’elle est déclenchée, une cascade d’événements entraîne les symptômes ressentis par les personnes souffrant de migraine, y compris des maux de tête de modérés à sévères, des nausées, des vomissements et une sensibilité accrue à la lumière et au bruit. Pour le Dr Saper, la migraine « n’est pas une maladie psychologique ou psychiatrique, mais le résultat de modifications biologiques et physiologiques. » [i]

Pour le Dr Fred D Sheftell, fondateur du New England Center for Headache,  « la migraine est véritablement un trouble d’origine biologique avec la même validité que d’autres troubles médicaux, y compris l’hypertension, l’angine de poitrine, l’asthme, l’épilepsie, etc. Malheureusement, il y a beaucoup de mythes entourant cette condition, dont les plus néfastes résident dans des jugements : “Tout est dans ta tête”, “Tu dois apprendre à vivre avec” et “Le stress est la cause majeure” ». [i]

La migraine peut être une maladie à la fois difficile, progressive et chronique qui a une incidence sur la qualité de vie des personnes qui ont des attaques fréquentes ou graves, et ultimement, sur les familles, les emplois et les carrières. Une proportion importante de personnes migraineuses peut aussi ressentir de l’anxiété ou de la dépression. [iii] Après plusieurs années de consultations ou de traitements infructueux, il peut s’avérer difficile de ne pas perdre espoir lorsqu’on souffre de migraine chronique.

De plus, la migraine diagnostiquée à tort comme un trouble psychologique peut se révéler néfaste. Une fois ce diagnostic posé, un médecin pourra prescrire des médicaments inutiles et même contreproductifs. Par exemple, si des médicaments spécifiques pour traiter la dépression clinique sont prescrits, la condition de migraine sous-jacente restera inchangée. Sans réduction des crises de migraine, le patient peut continuer à souffrir de dépression et ne pas répondre à la dose ou au traitement. Cela peut conduire à une augmentation de la dose ou à la prise d’autres médicaments. Il est important que les patients et leurs familles soient bien conscients de cette distinction.

Vous pensez que la plupart des médecins sont formés pour reconnaître, diagnostiquer et traiter la migraine ? Vous avez tort. Cela nous conduit au deuxième mythe relatif à la migraine …

Mythe no 2 : Tout médecin peut reconnaître et traiter correctement la migraine.
Réalité : La recherche démontre que seulement 1 personne sur 20 souffrant de migraine chronique reçoit un diagnostic et un traitement appropriés.

La révision la plus récente de la classification internationale des céphalées (3-bêta) définit la migraine chronique comme un mal de tête d’au moins 15 jours par mois pendant au moins 3 mois, avec les caractéristiques de la migraine pendant au moins 8 jours par mois. [v] Si la migraine chronique affecte des millions de personnes,  encore plus de personnes expérimentent des migraines épisodiques, avec des attaques moins fréquentes.

Seulement 26 % des personnes atteintes de migraine épisodique qui consultent un médecin reçoivent un diagnostic précis et un traitement approprié.[Iv] Pour celles qui souffrent de migraine chronique, les résultats sont encore plus catastrophiques.

Mythe no 3 : Vous devez vivre avec la migraine.
Réalité : Il existe de nombreux traitements et des stratégies efficaces pour réduire la gravité et la fréquence de la migraine.

Il n’existe pas de remède universel pour soigner votre migraine. Toutefois, des traitements efficaces, des thérapies, des changements de comportement et de style de vie, des approches et des stratégies et peuvent mener à une réduction significative de la fréquence et de la sévérité de la migraine.

La plupart des médecins considèrent qu’un traitement sera efficace pour réduire soit la gravité soit la fréquence des crises migraineuses, si son taux de succès est de 50 % ou plus. Certaines études ont même démontré une réduction de plus de 80 % lors d’essais cliniques combinant plusieurs approches.

Il est important de souligner que les personnes souffrant de migraine doivent développer une fine connaissance de soi, s’informer et bien comprendre les mécanismes de la migraine afin de recevoir un traitement adéquat et bénéficier des meilleures stratégies.

Mythe no 4 : La migraine ne met pas la vie en danger.
Réalité : La migraine peut être mortelle.

La migraine a provoqué des accidents vasculaires cérébraux (AVC), des comas, des anévrismes, des pertes de vision permanente et même la mort. Avant de paniquer, mettons les chiffres en perspective.

Les recherches ont révélé que le taux annuel de mortalité par AVC était de 175 pour 100 000, soit 0,18% pour la population en général. [vii] Une méta-analyse des recherches sur les AVC et la migraine a pour sa part démontré que l’écart d’AVC chez les personnes migraineuses variait de 3,56 à 350 cas par 100 000. [viii] Les chercheurs ont conclu que le risque relatif d’AVC pour une migraine est de 2,16. Un « risque relatif » de 2,16 signifie que vous êtes environ deux fois plus susceptible de souffrir d’un AVC qu’une personne moyenne sans migraine. Donc, si le risque est de 0,18% pour la population en général, il est de 0.36% pour les personnes souffrant de migraines.

Cela est certainement plus élevé que ce à quoi vous vous attendiez, mais il y a encore 99,64 % de chances que vous soyez en sécurité. La plupart des spécialistes considèrent que c’est là un risque acceptable.

Certains groupes présentent toutefois un risque plus élevé. Pour la migraine avec aura, le risque relatif augmente à 2,27. Pour la migraine sans aura, le risque relatif diminue à 1,83. Il importe cependant de souligner que les risques les plus importants sont associés à la prise de contraceptifs oraux. Des études montrent en effet un risque relatif de 8,72, ce qui multiplie considérablement le risque par rapport à la population en général. Si vous souffrez de migraine, c’est certainement une bonne idée de réévaluer votre prise de contraceptifs oraux.

D’autres facteurs peuvent également avoir une incidence importante sur votre risque, notamment le tabagisme, les antécédents familiaux d’AVC, l’hypertension artérielle, le mode de vie, etc. Si vous êtes préoccupé par ces facteurs de risque, parlez-en à un professionnel de la santé et, dans la mesure du possible, réduisez-les lorsque c’est possible.

La migraine est également associée au suicide

Une étude a établi un taux de suicide trois fois plus élevé chez les personnes souffrant de migraine par rapport à la population en général. [ix] La migraine peut en effet avoir un impact dévastateur sur l’existence. Non seulement les personnes migraineuses éprouvent-elles une douleur extrême et  invalidante pendant les attaques, mais elles font aussi face à l’ostracisme social, à l’isolement, à la perte d’emploi, à la discrimination ainsi qu’à des relations personnelles tendues.

Les migraineux sont aussi parfois perçus comme des personnes « ne pouvant pas gérer la vie » ou qui sont accro aux médicaments, ce qui est une fausse perception.

Le Dr Stephen Silberstein, l’un des spécialistes internationaux des maux de tête, confirme que ceux qui souffrent de migraine « doivent non seulement faire face à leur douleur, mais aussi à la mauvaise compréhension de la maladie par la société. Les migraineux sont fréquemment considérés comme des plaignants névrosés, incapables de gérer le stress. La vérité est qu’ils se battent fréquemment contre des défis considérables afin de maintenir leurs emplois et soutenir leurs familles. »(i)

Plus les mythes relatifs à la migraine seront déboulonnés, plus rapidement pourrons-nous trouver un meilleur traitement et éliminer la stigmatisation liée à la migraine.

Article de Carl Cincinnato, tiré du blog migrainepal
http://www.blog.migrainepal.com/
http://www.blog.migrainepal.com/blog/dangerous-and-suprising-migraine-myths
Traduction : Sophie Gambu / révision : Hélène Bédard

Sources

[i] Migraines: Myth vs Reality. MAGNUM. http://www.migraines.org/myth/mythreal.htm Accessed June 28 2016.

[ii] Steiner, T. J., et al. “The prevalence and disability burden of adult migraine in England and their relationships to age, gender and ethnicity.” Cephalalgia 23.7 (2003): 519-527.

[iii] Lipton, R. B., et al. “Migraine, quality of life, and depression A population-based case–control study.” Neurology 55.5 (2000): 629-635.

[iv] Lipton, Richard B., et al. “Barriers to the diagnosis and treatment of migraine: effects of sex, income, and headache features.”Headache: The Journal of Head and Face Pain 53.1 (2013): 81-92.

[v] Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS. “The international classification of headache disorders, (beta version).” Cephalalgia 33.9 (2013): 629-808.

[vi] Towfighi, Amytis, and Jeffrey L. Saver. “Stroke declines from third to fourth leading cause of death in the United States historical perspective and challenges ahead.” Stroke 42.8 (2011): 2351-2355.

[vii] MacClellan, Leah R., et al. “Probable migraine with visual aura and risk of ischemic stroke the stroke prevention in young women study.” Stroke 38.9 (2007): 2438-2445.

[viii] Etminan, Mahyar, et al. “Risk of ischaemic stroke in people with migraine: systematic review and meta-analysis of observational studies.” Bmj 330.7482 (2005): 63.

[ix] Breslau, Naomi, Glenn C. Davis, and Patricia Andreski. “Migraine, psychiatric disorders, and suicide attempts: an epidemiologic study of young adults.” Psychiatry research 37.1 (1991): 11-23.