Devrait-on s’occuper des migraineux?

Chers internautes,
Il y a 2 ans, je voyais devant moi poindre un grand espoir: le développement de la Clinique des Céphalées du CHUM. Une promesse de financement m’avait donné des ailes.

2 ans plus tard, prise dans des dédales politiques, je réalise que le chemin sera long. Il ne s’agit pas nécessairement de développer la clinique mais bien de convaincre les gens au Ministère de la Santé que ce projet en vaut la peine. En cette période d’austérité et de coupures, il y a de quoi douter des chances de réussites. Ceci dit je n’abandonne pas!

«Pourquoi le CHUM devrait se consacrer à ces patients? Est-ce que cela fait bien partie de notre mission? Ne s’agit-il pas plutôt d’un problème qui devrait être suivi en médecine familiale?» Voilà ce qu’on m’a dit. Il faut donc bien définir notre rôle.

Et là j’ai eu un choc. J’ai réalisé que pour la plupart des gens «migraine» veut dire mal de tête, un problème banal, fréquent, qui ne dérange vraiment personne. Un verre d’eau, un grand respir’ et hop on repart. Pourquoi investirait-on temps et argent à s’occuper des migraineux?

Je réalise qu’il faudra marteler quelques concepts.

1. La migraine est plus qu’un mal de tête, elle s’accompagne de symptômes qui ont leur origine dans le cerveau: intolérance sensorielle, nausée, vomissements, étourdissements, ralentissement cognitif. Il s’agit d’une réelle maladie neurologique.

2. Il y a plusieurs degrés de sévérité de migraine (la forme migraine chronique étant la plus invalidante).

3. La migraine chronique (forme sévère) touche de 1 à 2% de la population, ce qui est énorme. La qualité de vie de ces personnes, ainsi que leur productivité, sont grandement diminuées.

4. Bien que certains médecins de famille fassent tout leur possible pour aider les migraineux, plusieurs migraineux n’ont PAS de médecin de famille. Les listes d’attente en neurologie sont longuissimes (les neurologues se consacrant à d’autres maladies considérées plus «neurologiques»).

5. Le suivi de la migraine exige une approche systématique et structurée, qui pour le moment n’existe pas vraiment, prend beaucoup de temps, et n’est pas enseignée. C’est ce qui peut décourager certains médecins de prendre les migraineux en charge.
A creuser donc!

Dr Elizabeth Leroux, MD, FRCPC (spécialiste en médecine des céphalées)