Quatre compagnies pharmaceutiques sont en train de faire des tests sur des humains pour des médicaments à base d’anticorps, serait-ce là le futur du traitement des migraines? Dr Leroux en discute!

Dans un article de décembre, le New York Times a résumé ce que pensent bien des migraineux: c’est bien beau les diètes, la gestion du stress, l’ajustement des lunettes….mais après des années de vie monastique et de quasi-perfection, des cours de yoga, des séances de méditation, trois régimes différents et des centaines de jours de calendrier….les migraines sont encore là! Occasionnelles pour certains, très fréquentes voire invalidantes pour d’autres, elles continuent d’empoisonner la vie de la race humaine (femmes, hommes et enfants compris).

En tant que médecin, je trouve toujours difficile de discuter des «attentes réalistes» avec les patients. N’est-ce pas un constat d’échec de dire: vous savez, il n’y a pas de traitement miracle? Les migraines ne disparaîtront pas! La migraine ne se guérit pas, elle se gère. Ces sages paroles sont nécessaires car elles reflètent pour le moment  la triste réalité.

Y’aurait-il de nouveaux traitements à l’horizon? Des traitements scientifiques, sécuritaires, qui s’attaquent à la cause du problème? Bien souvent je dois avouer à mes patients que les traitements préventifs que je prescris ont été découverts par hasard, et étaient à l’origine destinés à traiter d’autres maladies: l’hypertension, la dépression, l’épilepsie. Et la plupart ont des effets secondaires peu tentants: somnolence, gain de poids, perte de mémoire….un prix cher à payer, mais que plusieurs migraineux assument car les crises sont trop invalidantes.

A quand un médicament créé à partir de nos connaissances récentes sur la migraine?

Traiter la réelle cause des migraines

La  crise migraineuse est causée par une inflammation à l’intérieur du crâne, autour des artères et des méninges. Cette inflammation est déclenchée par le cerveau lui-même en réponse à certains déclencheurs. Le signal électrique du cerveau fait relâcher des substances irritantes près des méninges et des artères, ce qui cause le mal de tête.

Une de ces substances irritantes se nomme CGRP (calcitonin gene related peptide). Le CGRP est en quelque sorte un poivre de cayenne naturel contenu dans les nerfs sensitifs.

Imaginez qu’on puisse bloquer le CGRP, en théorie l’inflammation serait empêchée, et les migraines seraient abolies? Mais comment bloquer un peptide (molécule) dans le cerveau? La réponse: avec un anticorps.

Les anticorps sont ces agents du système immunitaire qui ressemblent à des étiquettes. Lorsque le corps identifie une menace, il l’identifie avec un anticorps, et le système immunitaire le détruit. Les anticorps sont très importants dans la gestion des infections, mais peuvent causer des maladies auto-immunes s’ils s’attachent aux structures de notre propre corps.

Bref, si on neutralise le CGRP avec un anticorps spécial, peut-être pourrait-on traiter les migraines de façon efficace, en s’attaquant à la fin de la cascade. L’anticorps empêcherait le CGRP de faire son action irritante. Plus de poivre de cayenne, plus d’inflammation, plus de douleur! Plus de migraine?

Des anticorps contre le CGRP?

C’est après des années de recherche que les anticorps anti-CGRP (CGRP MABs pour monoclonal antibodies) ont vu le jour. Quatre compagnies pharmaceutiques sont en train de faire des tests sur des humains pour ces médicaments. Les études avancent bien. Certains patients y ont même participé à Montréal grâce au travail du Dr Guy Boudreau au CHUM.

Il faut savoir que ces anticorps ne peuvent pas être pris par la bouche, ils sont injectés. On parle d’une injection sous-cutanée par mois, probablement administrée au domicile (un peu comme un Epipen). Pas besoin de prendre des médicaments chaque jour. Et sans doute moins pénible que les 30 injections du protocole de Botox

Les anticorps anti-CGRP seront-ils efficaces?
Seront-ils sécuritaires?
Et combien faudra-t-il les payer?

La suite (basée sur des études publiées) au prochain épisode!