Par Savannah Queen – 30 octobre 2015

L’Halloween cogne à nos portes avec plein de petits Minions et de mini Elsa qui réclament des bonbons. Je n’ai pas l’intention de me déguiser pour l’occasion. Mon déguisement, je le porte tous les jours : celui de super-héroïne. Comme tous ceux et celles qui luttent quotidiennement contre la douleur, qu’elle soit provoquée par la migraine, la fibromyalgie, le cancer, la dépression…  Peu importe le combat, nous nous battons, encore et encore.

Il n’y a pas si longtemps, j’essayais de tenir le rôle de Superwoman, propulsée par une volonté de performance qui a épuisé toutes mes ressources. En cette période de crise, je me rends compte que ce n’était pas à l’époque que j’étais une héroïne, c’est maintenant…!

Je suis dotée d’une super-force. Une force de résilience puissante qui me permet de me remettre debout après chaque chute. Qui me pousse à lutter encore et encore contre la douleur, même quand elle gagne du terrain. Qui m’insuffle la volonté nécessaire pour faire des changements dans ma vie afin de mieux vivre avec cette intolérable douleur chronique. Une force qui maintient mon optimisme et ma bonne humeur, qui fait que vous discutez avec moi sans deviner qu’au même moment, l’intensité de la douleur est à un bon 6/10.

Cette force me donne le courage et la patience d’essayer les uns après les autres de nouveaux traitements préventifs et de composer avec tous leurs effets secondaires.  La persévérance d’essayer encore, au bout d’un an, de trouver un masque qui contrôlera l’apnée du sommeil sans mutiler mon crâne hypersensible. Elle me fournit un instinct maternel assez puissant pour parvenir à surmonter la douleur et à la tasser dans un coin parce que je tiens à jouer avec mon petit bonhomme. Elle met en lumière mon empathie, qui fait que malgré cette épreuve, je continue à aller au-devant des autres et à les soutenir dans leurs propres combats. Je suis reconnaissante de pouvoir jouir de cette force plus puissante que la souffrance, de cette volonté farouche qui anime tous les super-héros : celle de ne jamais capituler devant le Mal.

Si Marvel m’enrôlait…

Je suis actuellement une super-héroïne en « linge mou »… Mmm pas très sexy…mais ô combien réconfortant !  Mais si Marvel me dessinait… ça ressemblerait à quoi ?

Si j’avais un costume, mon masque ne se porterait pas sur mes yeux, il se porterait sur mes lèvres. Mes lèvres qui esquissent un sourire même dans la douleur. Même dans la douleur tous les jours. Mes lèvres qui continuent de sourire pour mon conjoint, pour mon fils, pour ceux que j’aime, en commençant par moi. Attendez, je n’ai pas besoin de ce masque, j’y arrive toute seule ! Ah si, peut-être qu’il serait utile dans les moments où la douleur devient trop violente et retrousse mes lèvres en grimace… Mais, au fond… dans ces moments je préfère que le masque tombe et qu’on prenne soin de moi…

Je ne porterais pas une cape. Je porterais une couverture. À motif léopard of course. Ce n’est pas pour rien qu’on m’a surnommée Savannah Queen ! Ce serait mon doudou pour me tenir au chaud pendant de trop longues heures d’agonie. Mais aussi pour m’envelopper de chaleur et de réconfort tel un immense câlin.

Je ne volerais pas… je me déplacerais dans une boule géante, comme un hamster. Elle serait teintée pour contrôler la lumière, insonorisée pour diminuer les sons agressants et totalement étanche pour ne laisser pénétrer aucune odeur incommodante pour mon cerveau délicat. Lorsque je ne serais pas dans ma boule, j’aurais le pouvoir de bloquer mes narines et mes oreilles.

Si j’avais de superpouvoirs, je ferais geler instantanément mes sacs de gel Formedica qui n’ont pas le temps de refroidir tellement je les utilise. Les tâches et obligations se feraient en un claquement de doigts et ne grugeraient plus aucune énergie. J’augmenterais l’efficacité de mes triptans et de mes traitements de fond pour diminuer l’intensité de mes crises de migraine. Pourquoi ne pas les faire totalement disparaître, me direz-vous ? Ben… les super-héros de Marvel neutralisent le crime mais ne parviennent jamais à l’enrayer totalement… Donc je suppose que je pourrais neutraliser davantage la douleur mais pas l’éradiquer. Hey ho, j’ai dis super-héro, pas Dieu !