En direct de Los Angeles: Quels sont les liens entre génétique et migraine?

Dr Aarno Palotie, expert mondial en génétique, a donné une présentation sur les dernières études sur la génétique des migraines. Nous rajoutons des notions de base sur la génétique.

Qu’est-ce qu’un gène?

Chacune de nos cellules contient des chromosomes, formés de rubans d’ADN. Chaque chromosome est comme un livre de recette codé permettant à la cellule de fabriquer les protéines nécessaires à sa fonction. Si notre alphabet a 26 lettres, l’ADN en a 4 seulement, A, G, T et C, qui se combinent pour créer des chaînes de morceaux (ou acides aminés) qui forment les protéines.

Y’a-t-il un gène de la migraine?

Nous savons qu’il n’y a pas un seul gène de la migraine, ce serait trop simple!

Les mécanismes de la migraine impliquent des centaines de protéines : éléments de la membrane des neurones, neurotransmetteurs, enzymes…. Chacune de ces protéines est fabriquée selon une recette, un gène. D’autres gènes influencent aussi la quantité de protéines fabriquée par chaque cellule. Les gènes interagissent entre eux!

Dans les études génétiques, on parle souvent de «loci». De quoi s’agit-il?

Il faut aussi rappeler que les analyses génétiques n’identifient pas toujours des gènes connus, mais parfois des «morceaux d’ADN» appelés «locus», ce qui veut dire «lieu». Le pluriel est «loci» (puisque c’est du latin). Un certain locus peut contenir plusieurs gènes, qui n’ont pas encore été isolés, un peu comme un long texte qui n’est pas encore décodé. On peut dire «page 44» mais on ne peut pas encore lire les phrases inscrites et en tirer un sens.

S’il y a plusieurs gènes, il y a donc plusieurs sortes de migraines?

On parle souvent de gènes de susceptibilité, la plupart sans doute reliés entre eux. Il est possible que ce nombre de gènes explique pourquoi les migraineux se divisent en différents sous-groupes : avec déclencheurs, sensibles aux hormones, avec ou sans aura…Ceci explique aussi pourquoi une personne peut avoir de sévères migraines alors que ses parents n’en avaient pas. La personne a peut-être hérité de gènes de susceptibilité complémentaires.

Est-ce que la recherche sur la génétique des migraines est active?

Il est encourageant de savoir qu’une grande association internationale d’étude génétique des maux de tête a été créée : le International Headache Genetic Consortium. Ceci permet de réaliser des études sur des milliers de personnes. Le coût des études génétiques a aussi diminué depuis les dernières années, rendant possible l’analyse d’un grand nombre de patients.

Alors, quoi de neuf sur la génétique des migraines?

Dans une étude portant sur près de 60 000 migraineux, 40 sites d’ADN (ou loci) reliés à la migraine ont été identifiés. Certains de des loci correspondent à des gènes connus. La plupart de ces gènes sont actifs dans le cerveau, ce qui renforce l’idée que la migraine est un problème relié aux neurones et non aux artères.

(voir la référence vers l’article dans Pubmed)

Quels types de gènes sont reliés à la migraine?

Les chercheurs pensent que certains gènes liés à la migraine sont responsables du maintien de l’équilibre du neurone. Le neurone a besoin d’un environnement stable pour bien fonctionner. On parle ici de stabilité électrique, qui dépend des ions (comme le calcium, le sodium, le potassium) et l’apport régulier de glucose et d’oxygène, qui dépend des artères. Certains gènes peuvent aussi être liés au fonctionnement des nerfs sensitifs.

La migraine est associée à d’autres maladies neurologiques, comme l’épilepsie et la dépression. Est-ce que la génétique peut expliquer cela?

Il est certainement possible que certains gènes puissent être associés à la fois à la migraine et à d’autres maladies neurologiques ou psychiatriques (on parle bien du même organe, le cerveau), comme la dépression ou la maladie bipolaire. Pour l’instant, aucun gène précis n’est déterminé.

Si la migraine est génétique, est-ce que cela signifie qu’il n’y a rien à faire si on a les «mauvais gènes»?

Il faut aussi se rappeler que plusieurs gènes peuvent être influencés par l’environnement de l’individu. Par exemple si une personne fume, ceci peut activer des gènes reliés au cancer du poumon. On appelle cet effet de l’environnement sur les gènes l’épigénétique (Page Wikipédia sur l’épigénétique). Notre organisme fonctionne en constante interaction avec l’environnement, nous gardons donc une grande influence sur nos gènes! Plus d’excuse pour garder nos habitudes nuisibles.

La grande question concernant la génétique : est-ce que ces connaissance nous permettront de créer de nouveaux traitements?

Évidemment, ce n’est pas parce qu’on identifie un gène qu’on peut l’influencer. Cependant, au long terme, plus notre compréhension de chaque élément du puzzle est précise, plus nous serons en mesure de développer des traitements.

Il faut beaucoup de patience et d’effort pour faire des découvertes utiles!

Si vous voulez encourager la recherche sur les céphalées, vous pouvez donner à l’American Headache and Migraine Association.

Dr Elizabeth Leroux, MD, FRCPC (spécialiste en médecine des céphalées)