La migraine est causée par un phénomène cérébral très complexe, mais bien réel. Il s’agit d’une perturbation électrique et inflammatoire, un peu comme un « court-circuit » qui cause un « coup de Soleil » dans la tête.
La migraine est vraiment un phénomène neurologique, au même titre que l’épilepsie par exemple. C’est un défi de simplifier les mécanismes de la migraine, car plusieurs zones du cerveau et plusieurs
neurotransmetteurs sont impliqués. Quand on se casse un bras, on abîme les nerfs, les os et les muscles. On a mal. Le bras se répare, puis la douleur disparaît. Si ça pouvait être aussi facile à simplifier pour la migraine! De plus, nous ne savons encore pas tout à son sujet vu les fonds de recherche insuffisants qui y ont été consacrés malgré son coût important à la société.

Durant une crise de migraine, il y a une inflammation autour des vaisseaux sanguins de la tête et des nerfs à proximité. Pour vous représenter une inflammation, pensez à un coup de Soleil: c’est rouge et chaud (les vaisseaux sont dilatés) et ça fait mal (les nerfs sont irrités). On comprend alors que lorsque ses artères irritées reçoivent les vagues de pulsations cardiaques, le migraineux a l’impression de recevoir des coups de marteau à chaque battement du coeur!  C’est l’activation dans le cerveau du système responsable d’acheminer, de traiter et d’interpréter la douleur qui explique le mal de tête. Normalement, la douleur est un signal qui nous permet d’éviter ce qui est dangereux et de laisser guérir nos blessures. Mais dans la migraine, la douleur n’est pas déclenchée par un dommage visible; plutôt, le système électrique de traitement de la douleur du cerveau est court-circuité, il s’active spontanément, ce qui fait que la douleur migraineuse ne signale pas un dommage réel. Elle le simule, causant beaucoup de détresse et de souffrance qui, elles, sont bien réelles. Plusieurs chercheurs et médecins croient que c’est ce débalancement neurologique qui cause l’inflammation (coup de soleil) autour des vaisseaux.

Est-ce que la migraine se voit sur un scanner?

L’inflammation des vaisseaux explique pourquoi les anti-inflammatoires (aspirine, advil, motrin, naproxen, etc.) peuvent être efficaces pour soulager la migraine. Cependant, parce que la cause première de cette inflammation est une anomalie électrique et chimique dans le cerveau, ils sont rarement suffisants chez les migraineux. Les triptans sont des médicaments spécialement conçus pour pallier à ce débalancement et fonctionnent chez la majorité des migraineux, cependant, il faut les prendre avant que le feu de l’inflammation ne se soit embrasé!

Mais qu’est-ce qui déclenche cette tempête douloureuse? C’est LA question, les recherches sont encore au stade d’hypothèses, mais elles offrent des promesses de traitement intéressantes. D’une part, une chose est sûre, c’est qu’il y a des prédispositions génétiques qui rendent les migraineux plus susceptibles aux attaques. Des gènes précis ont d’ailleurs été identifiés. D’autre part, on connaît plusieurs situations associées aux crises et qui nous donnent des indices sur leurs causes:
  • Les auras
  • Les règles
  • L’alcool
  • La fatigue et le stress
  • Les odeurs fortes

Qu’est-ce qu’une migraine avec aura (ophtalmique) ?
J’ai souvent des migraines plus fortes durant mes règles. Suis-je la seule?

On pense que tous ces déclencheurs viennent débalancer le système électro-chimique du cerveau, et déclencher la crise. Parfois, plusieurs déclencheurs se combinent pour causer une crise (par exemple lors d’une soirée festive chez des bons amis, on prend de l’alcool, on respire de la fumée de cigarette, et on se couche tard).

La recherche est active, et se concentre sur différentes structures cérébrales impliquées dans les crises de migraine:

  • le tronc cérébral, où se trouvent les régulateurs de tolérance à la douleur;
  • l’hypothalamus, où sont orchestrées de nombreuses fonctions inconscientes du cerveau, notamment les cycles hormonaux, le stress et l’éveil-sommeil;
  • le cortex, surface plissée du cerveau aux fonctions très complexes;
  • le nerf trijumeau, qui transporte l’information sensitive de la face et des méninges vers le tronc cérébral;
  • les vaisseaux sanguins dans le crâne, qui sont irrités après le déclenchement des crises migraineuses.
L’important à retenir, c’est que la crise migraineuse est un phénomène neurobiologique scientifiquement démontré et surtout pas une vue de l’esprit ou un symptôme de maladie psychiatrique. C’est une souffrance bien réelle qui mérite qu’on s’en occupe!
Dr Elizabeth Leroux, MD, FRCPC, Neurologue, médecine des céphalées